
Le centre de recherche cardiovasculaire de l’hôpital européen Georges Pompidou (HEGP), à Paris, va ouvrir ses portes fin 2008. Entretien avec son directeur, Alain Tedgui, chercheur, pour quelques mois encore, de l’unité 689 de l’Inserm, au Centre de recherche cardiovasculaire Inserm Lariboisière.
Alain Tedgui, voilà un an, le 15 mai 2007, vous avez été nommé directeur du « Paris-Centre de recherche Cardiovasculaire » à l’hôpital Pompidou, le PARCC. Pourquoi un nouvel institut de recherche à Paris ?
« Tout simplement parce qu’il n’existait pas dans notre pays de centre de recherche cardiovasculaire dans lequel la recherche ait été organisée pour assurer une communication permanente entre le laboratoire et la clinique. A l’étranger, partout où de tels centres ont été conçus, on a observé une amélioration de la qualité des recherches et de l’innovation thérapeutique. Une telle organisation est judicieuse car les problèmes sont ainsi l’objet d’un transfert de connaissances de l’amont vers l’aval, c’est-à-dire des mécanismes fondamentaux vers la thérapeutique, mais aussi en sens inverse : on part des observations réalisées chez des patients et des questions qui surgissent alors pour les analyser sous l’angle des processus biologiques.

Imaginé au milieu des années 1990 parallèlement aux premiers travaux de l’hôpital Pompidou, le centre de recherche HEGP a été relancé en 2003 par l’AP-HP. Comptant sept étages, il a été édifié sur 6 000 m² selon les plans d’Aymeric Zubléna, le concepteur de l’HEGP, et l’un des architectes du Stade de France. Il abritera le PARCC (Paris-Centre de recherche Cardiovasculaire) et, au 6e et 7e étages, les laboratoires de la Fondation Carpentier. © PARCC@HEGP
Ainsi, au cours de ce processus bidirectionnel, chaque niveau d’étude enrichit les autres grâce à la communication quotidienne entre les chercheurs et les médecins. Des sociologues comme J. Rogers Hollingsworth ont bien souligné que les centres de recherche qui réalisent le plus grand nombre de percées majeures en sciences biomédicales, à l’instar de l’Université Rockefeller (New York), sont ceux qui avaient trouvé le juste équilibre entre une diversité des disciplines suffisamment grande pour stimuler les interactions entre chercheurs venus d’horizons différents, suffisamment limitée pour éviter la dispersion des efforts, et une structure facilitant la sociabilité et la communication. Le PARCC s’inspire de ce modèle. Le financement du centre n’aura rien d’exceptionnel puisqu’il bénéficiera de la dotation de fonctionnement versée par ses deux tutelles, l’Université Paris Descartes et l’Inserm, et de contrats externes (ANR, Fondation pour la Recherche Médicale, Fondation de France, etc.,). En revanche, la structuration des recherches sera vraiment bidirectionnelle, ce qui est une originalité en France dans ce domaine biomédical. »
Les objectifs du PARCC@HEGP
1. Créer un centre pour l’excellence en recherche cardiovasculaire fondamentale et translationnelle, reconnu en Europe et dans le monde.
2. Offrir aux équipes l’accès aux moyens modernes les plus performants pour se maintenir au plus haut niveau.
3. Réunir des compétences scientifiques couvrant un spectre étendu de la recherche cardiovasculaire afin de générer des connaissances nouvelles dans le domaine de la biologie et de la médecine cardiovasculaire.
4. Accélérer la transition depuis les phases de recherche fondamentale et pré-clinique à la phase clinique, et être capable d’apporter un éclairage fondamental à des questions soulevées par la recherche clinique (« recherche bidirectionnelle »).
5. Améliorer la compétitivité en diffusant l’excellence, en disséminant le savoir et la connaissance et en participant à la formation des futurs responsables de la recherche dans le domaine cardiovasculaire.

Organisation des activités de recherche de PARCC@HEGP Source : A. Tedgui
Comment allez-vous mettre en pratique vos ambitions ?
« Un autre enseignement de l’expérience des grands centres de recherche bidirectionnelle est l’importance de la qualité de la direction, de ce que l’on peut appeler les bonnes pratiques de management. Pour être garante de l’excellence scientifique, le management doit bénéficier d’une large autonomie vis-à-vis des tutelles et laisser lui-même une grande autonomie aux chercheurs pour leur permettre d’exprimer leur créativité. Evidemment, les chercheurs sont recrutés uniquement sur leur compétence scientifique. Pour des raisons administratives, nous n’avons pu cependant retenir que deux candidatures de chercheurs étrangers. Afin d’éviter une hyperdiversité des thèmes de recherche et de faciliter l’intégration des travaux, le centre sera structuré en quatre pôles faisant appel à des expertises complémentaires : sciences cardiovasculaires fondamentales, physiologie intégrative et physiopathologie, biomarqueurs, et enfin génétique et épidémiologie. Dans chacun de ces pôles les recherches mises en œuvre traiteront aussi bien de mécanismes fondamentaux, de diagnostic, que d’approches thérapeutiques ou de réparation tissulaire. Les programmes de recherche couvrent ainsi l’ensemble des grands thèmes de la recherche cardiovasculaire actuelle. »
Les principaux programmes de recherche
Athérothrombose : pathogenèse et complications Hypertension artérielle et maladies vasculaires non-athéromateuses Angiogenèse et applications thérapeutiques Médecine régénérative et cellules souches Biomarqueurs et imagerie Génétique Epidémiologie
Sur quels critères les chercheurs du centre sont-ils sélectionnés ?
« Tous les dossiers des équipes candidates ont été évalués par un comité scientifique international indépendant avant d’être sélectionnées par le comité de sélection national. Sept équipes ont été retenues lors du premier appel à candidatures et trois ou quatre autres vont rejoindre le centre à la suite du deuxième appel, lancé en mars 2008. Par la suite, nous voulons que l’évaluation des équipes soit une incitation à progresser et qu’on leur laisse du temps pour cela. Chaque équipe sera donc évaluée tous les quatre ans par un comité de la nouvelle agence d’évaluation nationale, l’AERES. En cas de note « B », elle sera invitée à des améliorations de résultats, mais disposera de deux autres années pour cela. »
Les sept premières équipes sélectionnées et leurs responsables
1 - Marqueurs cellulaires et tissulaires dans l‘athérosclérose, Chantal BOULANGER 2 - Imagerie de l’angiogenèse, Olivier CLEMENT 3 - Gènes et pression artérielle, Xavier JEUNEMAITRE 4 - Epidémiologie cardiovasculaire et mort subite, Xavier JOUVEN 5 - Réparation artérielle, Antoine LAFONT 6 - Immuno-modulation dans l’athérosclérose et les pathologies rénales vasculaires Ziad MALLAT 7 - Angiogenèse thérapeutique dans les pathologies ischémiques, Jean-Sébastien Silvestre
Vous souhaitez créer par ailleurs une Fondation du Centre de recherche HEGP. Dans quel but ?
« Cette « Fondation PARCC » sera mise en place à partir de ressources externes privées et publiques. Elle sera chargée de soutenir des activités de recherche innovantes, en accueillant et finançant de nouvelles équipes et des professeurs étrangers en année sabbatique. Nous espérons également ouvrir une Chaire de professeur en sciences cardiovasculaires rattachée à l’université Paris Descartes. La fondation sera donc un moyen de mettre de l’huile dans les rouages du centre de recherche. »

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