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La bioingénierie innove en Ile-de-France

En 2010, la région Ile-de-France devrait voir s’ouvrir un centre de « recherche translationnelle » totalement original : le Centre de développement et d’innovation en bioengineering (CEDIB). Son objectif : être un lieu de rencontres interdisciplinaires qui permettra aux laboratoires de recherche et aux entreprises franciliennes de développer des produits innovants issus de leurs recherches dans les domaines de l’imagerie et de la bioanalyse. « Beaucoup de laboratoires veulent pouvoir aller plus loin que la simple découverte ou l’invention en créant une entreprise, mais ils souhaitent vérifier que ce n’est pas trop tôt et qu’il existe un marché, précise Luc Talini, qui coordonne le projet CEDIB depuis juin 2005 après avoir quitté son poste de PDG de la société Genescore (1). Le CEDIB jouera ce rôle d’explorateur. Ce sera un lieu où les chercheurs des entreprises et des laboratoires travaillant sur une même thématique pourront se rencontrer et confronter leurs expériences. Le CEDIB répondra aux questions compliquées qu’ils se posent en mettant au point des prototypes et des procédés innovants, et en proposant des formations à l’innovation, sur le modèle des Instituts Fraunhofer allemands (2). »
De la physique à la biologie Tout a commencé fin 1999, raconte Luc Talini. Pierre-Gilles de Gennes, alors directeur de l’ESPCI (Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles), est inquiet devant la fuite des projets technologiques hors de France. Il est temps, fait-il savoir, que le Quartier latin fasse autre chose que de la recherche fondamentale et que des interfaces entre la physique, la chimie et la biologie s’y organisent. Un chef de projet, Raphaël Favier, est recruté afin d’examiner quelles sont les technologies les plus prometteuses, puis de réaliser une étude de marché et une étude de terrain auprès des entreprises et des laboratoires. A ce moment, le projet vise à bâtir un centre d’innovation pratique en bioengineering, au sens où l’on y travaillerait des technologies issues de la physique et des sciences de l’ingénieur pour aider la biologie à se développer. Après quelques péripéties, le projet repart à l’automne 2004 à l’initiative de Christian Sauter, adjoint au maire chargé du développement économique, des finances et de l’emploi. L’association CEDIB ressuscite, présidée par Jacques Prost, nouveau directeur de l’ESPCI, Christian Amatore, chimiste à l’Ecole normale supérieure, et Marie-Claire Hennion à l’ESPCI. Puis une équipe de terrain est mise en place en juin 2005 avec Luc Talini et Raphaël Favier.
Un projet régional Soutenu à l’origine par la région Ile-de-France (déblocage de 8 M€) et l’engagement de la ville de Paris à prendre en charge le loyer pendant trois ans, le projet CEDIB a vraiment pris une dimension régionale mi-2006 avec l’entrée du Conseil général du Val-de-Marne et de la ville d’Ivry-sur-Seine parmi ses partenaires. Le Conseil général a voté l’affectation d’un budget de 5 M€ pour le fonctionnement et l’équipement du centre, et la Ville d’Ivry a acheté un terrain sur lequel sera construit le bâtiment qui abritera le CEDIB et un hôtel d’entreprises. Une convention a été signée entre ces deux collectivités territoriales, l’association CEDIB et la Caisse des dépôts et consignations, tandis que la ville de Paris et la ville d’Ivry présentent le CEDIB comme l’un des projets phares du dialogue entre les deux départements (dont le cadre est la conférence Paris-Val-de-Marne). La configuration de la construction et de l’exploitation du bâtiment n’était pas encore définie en juillet 2007. Toutefois, l’inauguration pourrait avoir lieu en 2010 si tout va bien. Dès le début 2008, le CEDIB devrait commencer à travailler avec une équipe de cinq personnes afin de mettre en place les premiers projets de transfert technologique. Un budget de fonctionnement de 1 M€ sur deux ans est acquis. Une fois le centre inauguré, ses promoteurs escomptent qu’il fonctionnera non seulement à l’aide de subventions publiques, mais aussi grâce aux revenus que rapporteront les contrats passés avec les entreprises et les laboratoires.
 Prototype de laboratoire sur puce servant de biocapteur © NIST
Biopuces et micro-imagerie Deux grandes thématiques seront abordées : la bioanalyse (technologies séparatives, biocapteurs, biopuces, microfluidique, etc.) ; et l’imagerie grâce au développement d’appareillages de petite taille (MicroRMN, MicroTEP, etc.). Les applications concerneront aussi bien la santé (médecine assistée par imagerie…), que l’agroalimentaire (analyse de contaminants…) et l’environnement (qualité de l’eau…). La création du CEDIB n’est finalement qu’un juste retour des choses. Outre les Fraunhofer allemands, d’autres pays d’Europe ont des centres de recherche appliquée en bioingénierie. En particulier, les TNO néerlandais et le VTT finlandais sont reconnus pour la qualité de leurs travaux technologiques. En France, l’Etat avait su impulser des centres tels que le CNET (Centre national d’étude des télécommunications) sur les télécommunications, ou le CNES (Centre national d’études spatiales) sur le spatial, mais rien n’existe dans le domaine du « bioengineering », ce croisement entre physique, chimie, mathématiques, sciences pour l’ingénieur dont la biologie et la médecine ont besoin, analyse Luc Talini. Il était temps que l’Ile-de-France se décide à valoriser la richesse de son tissu scientifique et technique.
(1) Spécialisée dans les biopuces, Genescore a déposé son bilan en 2006. (2) www.fraunhofer.de

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